L'éducation en islam 

La structure et le système de connaissance de notre époque offrent une bonne compréhension des lois régissant la cognition par les sciences cognitives, la docimologie et la psychologie sociale. À partir d'un examen des institutions éducatives, et de sa conception de l'homme, c'est-à-dire sa nature morale et éthique, nous pouvons faire un travail de réappropriation de la forme scolaire nourrit du coran et de la sunna. La dynamique du corpus islamique permet en effet de relever le défi de la réinvention de la forme scolaire en sachant que les avancées technologiques ont modifié l'état de conscience, les perceptions, la compréhension et les sensibilités.


Dans l'élaboration de la réformation du système éducatif, nous sommes plus libres que les anciennes institutions scolaires d'Occident qui portent l’effet d'une inertie contre le changement. La puissance de l'institution scolaire occidentale dirige et enferme la société. Les modernes sont devenus de simples clients de la forme scolaire qui offre les produits de la connaissance afin de les préparer à devenir des citoyens-clients. Un moderne ne s'imagine pas pouvoir apprendre en dehors de l'école. Le citoyen dont l'école a besoin en tant que client, ne possède ni l'indépendance nécessaire ni les raisons de grandir par lui-même.

Ivan Illich en remarquant le coût de plus en plus exorbitant de la scolarité pour des effets de moins en moins remarquable, avait imaginé une société sans institution scolaire, pour autant que l'éducation peut se faire en famille ou par des interactions sociales. Toutefois, l'institution scolaire permet une réflexivité qui nécessite une forme structurelle. Cette réflexivité est importante pour accueillir l’histoire de la pédagogie et pour contrer l’idéologie managériale et du marketing dans l'éducation numérique.

 

Par un retour à l'histoire de la production et la transmission du savoir dans les villes musulmanes, nous pouvons trouver un modèle alternatif aux formes scolaires modernes. Il s'agit de revivifier les Waqfs ou habous afin d'assurer l'indépendance des institutions d'enseignements notamment religieuses. Ensuite, les corporations de métier peuvent assurer en partie la transmission d'un savoir en occupant de nouveau une place politique dans les sociétés musulmanes.

Mieux éduquées, les futures générations de musulmans peuvent échapper aux régressions de la civilisation occidentale. L'éducation est une forme de jihad. En réalité, sa forme est la plus noble, celle de l'effort de se connaître et de se purifier. Les musulmans et musulmanes témoignent par la shahada de vertus tel que la justice, la compassion et la bonté.

Le système éducatif moderne permet surtout d'acquérir des capacités permettant de prendre l'ascendant sur les autres, alors que dans l'Islam, cette éducation doit permettre de se mettre au service des autres, parce que cela est une nécessité dans notre amour pour Dieu. Une aspiration à contrôler les autres, ou d'obtenir un pouvoir de domination est un échec de la soumission à Dieu. Ibn ‘Omar rapporte qu’un homme est venu trouver le Messager d’Allah et lui dit : « O Messager d’Allah ! Quelles sont les personnes ainsi que les actions qu’Allah aime le plus ? ». Le Messager d’Allah dit : « Les gens les plus aimés par Allah sont ceux qui sont les plus utiles aux autres et les actions les plus aimées par Allah sont celles qui participent à donner de la joie à un musulman, soit en le soulageant d’une détresse, en remboursant une dette à sa place ou en soulageant sa faim. En fait, si je marche avec un frère pour quelques affaires qu’il a, cela m’est plus souhaitable que de faire une retraite spirituelle dans cette mosquée (celle de Médine). » Rapporté par at Tabarânî, et al-Albāni dit qu’il est bon.

L'éducation en islam est une combinaison entre le savoir 'ilm, l’action 'amal et l’éthique ҆ādāb, permettant d'attribuer un grade daraja, un niveau à chacun, à partir de son intelligence de ses connaissances et de ses vertus. Cela permet de connaître et se comporter en accord avec sa place hiérarchique dans la société, à partir de ses capacités et ses potentialités spirituelles, physiques et intellectuelles.

Le 'ilm est la science, le 'amal est l'action disciplinaire. L'éducation (tarbiya) dans l'Islam est avant tout une action de discipline de l'intellect, de l'esprit et de l'âme afin d'y développer leurs bonnes qualités et leurs bons attributs. Le 'amal tient une place particulière, aš-Šātibī dit à ce sujet : « Acquérez autant de connaissance que vous le pourrez. Mais n'oubliez jamais que ce n'est que par l'action que vient la récompense divine. »

Al-҆adab préserve du déshonneur, en performant de manière correcte et en évitant les mauvaises actions. Il s’agit également d’amplifier « l'imaginaire moral », d’assurer une « justice poétique » et nous entraîner à la recherche du bien. Les romans comme forme d'exercice mental et d'entraînement à la vie sociale, apaisent les passions collectives et proposent des solutions imaginaires à des problèmes possibles. Le réel n’est vivable que grâce à des excursions dans la fiction. Il s’agit donc de former assez d’imaginaire libre pour transfigurer la violence sociale. L’adhésion intellectuelle ne passe qu’après avoir cultivé une adhérence imaginaire, au niveau même des désirs les plus enracinés. Nous rêvons avant de réfléchir.

Devenir par l'éducation un homme bon en inculquant al-҆adab comprenant l'aspect matériel et spirituel de l'homme, devenant une personne avec des qualités raffinées par la qualité de ses paroles et son comportement. Noble et gracieuse compagnie, la vraie connaissance est une nourriture spirituelle, un banquet !

Pour conclure, le musulman devenu adulte par cette éducation a pour devoir d'ajouter de la bonté et de la divinité au monde en le rendant plus juste et plus beau. Le dépassement de la modernité tout en conservant ses meilleurs acquis doit être sécurisé dans l'avenir par une nouvelle forme éducative musulmane.

Référence :

 

  • Abou El Fadl, Khaled. « The Epistemology of the Truth in Modern Islam ». Édité par Alessandro Ferrara, Volker Kaul, et David Rasmussen. Philosophy & Social Criticism 41, no 4 5 (mai 2015) : 473 86. https://doi.org/10.1177/0191453715577739.

  • Al-Attas, Muhammad Naquib Syed. Concept of Education in Islam : A Framework for an Islamic Philosophy of Education. Place of publication not identified : Library Of Islam Ltd, 1997.

  • Illich, Ivan D, et Gérard Durand. Une société sans école. Paris : Ed. Du Seuil, 2003.

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