Séminaire

approche de l’interdépendance des sciences islamiques

La législation musulmane as-sharî’a ne se résume pas à une somme de prescriptions juridiques morcelées, c’est avant tout un système de représentation globale, une vision de la présence de l’homme sur terre et une philosophie qui porte son regard sur tous les domaines. Ce système de représentation globale est composé d’un ensemble de disciplines qui constituent un ordre cohérent et qui fonctionne en interdépendance. Il va de soi que ce système possède sa propre épistémologie, ses logiques internes, ses sources, ses paradigmes et ses modalités de fonctionnement.

En raison de leur érudition encyclopédique, les anciennes générations de savants possédaient de fait la connaissance de ce système, l’intrication des disciplines apparaît clairement dans leurs travaux. Al-Ghazâlî, al-juwaynî, Ibn Taymiyya, Ibn Hazm, Ibn Rushd, al-Râzî, Ibn Khaldûn ou encore as-Shâtibî sont autant d’exemples qui témoignent de cette aptitude à faire interagir les connaissances dans l’élaboration de la pensée. Comme nous le montrerons dans ce présent article, ces savants aux connaissances variées et approfondies, n’appréhendaient pas les sciences de façon cloisonnée, ne séparaient pas la réflexion juridique du théologique ou encore du mystique, mais coordonnaient les disciplines dans une logique qui vise à concrétiser les objectifs supérieurs de la législation. Rares sont les spécialistes en fondement droit uṣûliyyûn qui ne sont pas en même temps spécialistes en fondement de la religion usul ad-dîne tant la conscience qu’il existe des liens organiques entre les domaines est forte.

Jusqu’alors là, la question du cloisonnement des sciences islamiques ne se posait pas. Mais au fur et à mesure, un faussé s’est creusé entre la formation des spécialistes en sciences islamiques et la complexité toujours grandissante du monde. Cette capacité de se représenter holistiquement la législation, et de faire appel à plusieurs sciences à la fois dans la manière d’appréhender les problématiques devint peu à peu exceptionnelle. C’est ce qui a valu d’ailleurs l’émergence de ce qu’on appelle les comités et les conseils scientifiques où les questions sont traitées non plus de façon individuelle mais collégiale.

L’aire de la spécialisation n’a donc pas épargné le domaine des sciences islamiques. Cette spécialisation dans la formations a amplifié le cloisonnement des sciences déjà existant. Notre époque contemporaine a bien entendu connu des savants possédant cette capacité interdisciplinaire à l’instar de aṭ-Ṭâhir ibn Ashûr, Mohamed Abdu, Rachid Réda, ou encore Mohamed al-Ghazâlî, mais ce type de profile est aujourd’hui extrêmement rare.

 

Il y a donc là une régression qui ne peut continuer indéfiniment sans provoquer de réelle aporie. La rareté des polymathes d’une part et la complexité du monde ont poussé depuis maintenant trois décennies les chercheurs à réfléchir sur les raisons des carences dans la formation des spécialistes des textes, et de chercher à fonder de nouvelles approches dans la manière d’appréhender les sciences islamiques de telle façon qu’elles prennent en considération cette complexité, pour répondre complètement aux attentes de notre époque. Notre système économique ne devrait-t-il pas être en osmose et en cohérence avec les conceptions de l’islam mais aussi notre système éducatif, politique et social etc. ? Une approche de l’interdépendance des sciences islamiques offre la possibilité de penser un modèle civilisationnel qui intègre une pensée économique, politique, sociale, environnementale en concordance avec l’éthique islamique, les finalités de la législation et le paradigme de vicariance.

Cet article a plusieurs visées, la première, renouveler notre regard porté à la sharia et aux sciences islamiques. Deuxièmement, nous voulons nous appuyer sur cette interdépendance des sciences en tant qu’ordre cohérent pour saisir les logiques qui traversent et sous-tendent les sciences islamiques. Enfin nous voulons à travers cette étude déceler un certain nombre de problématiques dans les méthodes d’enseignement des sciences islamiques.

Cet article s'inscrit dans la visée générale du processus de recherche que la Fondation Lastorlabe supervise dans le cadre de l’une de ses unités de recherche s’intitulant Théorie de la connaissance, non pas comme quelque chose de décisif au sujet de la l’interdépendance des sciences islamiques mais pour apprendre à mieux la penser, à reconnaître les perspectives fructueuses et les méthodes déployées pour cerner autant que possible sa complexité. Nous avons d’ores et déjà repéré quatre éléments importants, le premier en guise d’introduction concerne l’interdépendance en tant que loi cosmique, le second exposera l’interdépendance des sources de la connaissance, le troisième s’intéressera à l’interdépendance des moyens cognitifs enfin le point le plus important abordera l’interdépendance des sciences islamiques.

Plan du séminaire :

 

•Introduction — L’interdépendance dans le cadre de la vice gérance

•Partie 1 — Interdépendance en tant que loi cosmique (Sunna kawniyya)

•Partie 2 — Interdépendance des sources de la connaissance

•Partie 3 — Interdépendance des moyens cognitifs

•Partie 4 — Interdépendance des sources et des moyens cognitifs

•Partie 5 — Interdépendance des sciences islamiques

•Partie 6 — Multidimensionnalité du champ cultuel

•Partie 7 — Problème du cloisonnement du savoir

 

 

  • Facebook Clean Grey
  • Twitter Clean Grey
  • LinkedIn Clean Grey