La vision du handicap en islam

L’islam, à travers le texte Coranique et les récits prophétiques, apporte un mode de vie qui a une portée universelle, basé sur quatre domaines : le dogme, l’adoration, la morale et la législation. Cette universalité enjoint le musulman à vivre en parfait équilibre entre son individualité et la société dans laquelle il évolue, que ce soit avec des musulmans ou des non-musulmans. C’est ce qui a permis à la religion musulmane d’être acceptée par de nombreuses cultures et civilisations.

 

À la lumière de ce mode de vie qui se veut universel, l’islam respecte l’Homme dans sa diversité. La pluralité devient donc une vraie richesse au sein de la société musulmane.

 

Par ailleurs, l’islam met à disposition de l’Homme tous les moyens afin de lui permettre d’être productif sur terre, Dieu dit : « Il a mis à votre service ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre, le tout dépend de Lui. Ce sont là des signes pour ceux qui réfléchissent » 1. Cette productivité doit forcément se faire dans un équilibre harmonieux entre l’individu et le groupe. À travers cet équilibre, on respecte à la fois la liberté individuelle et l’intérêt du groupe, sans pour autant que l’un prime sur l’autre. C’est un facteur clé dans la conception de la société musulmane, car il garantit la sécurité, la force et l’union. C’est pour cette raison que le Prophète Mohammad (psl) a instauré un climat de fraternité entre les compagnons dès son arrivée à Médine, un prérequis majeur pour construire un état fort, solide et altruiste.

 

L’approche cosmique du Coran illustre par excellence le respect de la nature primaire (al-fitra), qui constitue la société de droit, de fraternité et d’amour mutuel, chacun travaillant en complémentarité pour assurer un bon cadre de vie à tous les citoyens sans distinction. Pour cela, le Coran rappelle dans maints versets le statut particulier attribué à l’Homme. Dieu dit : « Nous avons effectivement honoré les fils d’Adam. Nous les avons transportés par terre et par mer. Nous leur avons octroyé leur part de bonnes choses et les avons nettement préférés à plusieurs de Nos créatures »2.

 

Bien que l’islam appelle l’Homme à être productif, il n’a pas exclu les membres de la société malades, faibles, handicapés, … Les altérations du corps et des fonctions humaines bénéficient d’une approche bien particulière. Face au handicap, l’islam met en place une organisation efficace impliquant tous les membres de la société à travers un lien social et humain mais également en adaptant le comportement de la personne handicapée.

 

L’islam n’étant pas une religion utopique de par sa nature réaliste, elle s’adapte à tous les contextes. Ainsi, les adorations cultuelles prennent en considération les difficultés de la personne handicapée. Dieu dit : « Allah n'impose à personne que selon ce qu'Il lui a donné, et Allah fera succéder l'aisance à la gêne »3. La société toute entière doit s’entraider pour atténuer la gêne causée par le handicap. Dieu dit : « C'est Nous qui avons réparti entre eux leur subsistance dans la vie présente et qui les avons élevés en grades les uns sur les autres, afin que les uns prennent les autres à leur service. La miséricorde de ton Seigneur vaut mieux, cependant, que ce qu'ils amassent »4.

 

Malgré ces valeurs nobles apportées par l’islam, cette notion n’est pas suffisamment prise en considération au sein de la société musulmane, qui souffre d’un manque d’activation de ses propres valeurs éthiques « Il ne suffit pas que la culture des valeurs se propage sans qu’elle soit adoptée comme principe de vie, et ensuite par la mise à disposition de mécanismes, d’institutions et de procédures qui garantissent leur viabilité »5.

 

Quelque soit le statut de l’être humain, dès sa création dans le ventre de la mère sous forme de foetus, il est honoré et sa vie est hautement sacrée. Il s’agit de l’une des cinq finalités supérieures de la législation musulmane6, à savoir la préservation de la vie humaine. Plusieurs valeurs sont inhérentes à la garantie de tous ses droits : l’équité, la justice, la fraternité, la solidarité, l’égalité, la liberté, la dignité, … Toutes ces valeurs, si elles sont réunies et appliquées, engendreront sans aucun doute une société d’une telle splendeur qu’elle attirera vers elle le respect et l’amour d’autres nations et peuples.

 

Dans l’épistémologie islamique, l’Homme se trouve au centre des créations de Dieu. Outre le fait que Dieu l’a doté de capacités physiques et intellectuelles et a mis tout l’univers et ses créatures à son service, Il l’a également considéré comme son vice-gérant sur terre. Dieu dit dans le Coran : « Et quand ton Seigneur dit aux anges : Je vais mettre sur terre un vice-gérant »7, cela impose à l’Homme d’être productif sur terre et de propager le message de paix et de miséricorde. Ce principe, considéré comme central quant à la présence ontologique de l’Homme sur terre, nous met face à un paradoxe, car pourquoi Dieu demandant à l’Homme d’être productif, prive certains humains de leurs capacités physiques ou intellectuels ? Ces gens n’ont-ils pas le droit de vivre comme les autres ?

1. Le concept de handicap dans les sources de législation islamique

1.1 La notion de "faiblesse" dans le Coran

 

Pour répondre aux questions posées dans l’introduction, nous allons dans un premier temps faire l’inventaire des versets coraniques dans lesquels Dieu évoque le principe de la faiblesse humaine.

 

En méditant le verset Coranique « Allah veut vous alléger, car l'homme a été créé faible »8, il nous paraît évident que chaque être humain a sa part de faiblesse (autrement dit handicap), qui peut être physique, intellectuelle, spirituelle, ... Face à cela, Dieu dit : « Nous avons, certes, créé l'homme pour une vie de lutte »9. À l'instar de ces deux versets, le Coran nous apprend que la lutte face au handicap permet de dépasser la précipitation, le désespoir et la faiblesse pour atteindre la patience, l’espoir et la force.

 

Par ailleurs, Dieu dit : « Par le temps, l’Homme est certes, en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance »10 et dit aussi : « C’est Nous qui avons réparti entre eux leur subsistance dans la vie présente et qui les avons élevés en grades les uns sur les autres, afin que les uns prennent les autres à leur service »11. Voilà un deuxième moyen pour dépasser le handicap, qui est l’entraide au sein de la société. Dieu veut que chaque individu soit engagé en apportant son aide aux autres et en contribuant à un monde meilleur où règne la fraternité et la paix. Il s’agit bel et bien du vrai sens de l’humanité, qui responsabilise chaque membre de la société vis-à-vis des autres.

1.2. La sagesse prophétique vis-à-vis du handicap

 

La tradition prophétique ou Sunnah12 constitue un prolongement et une subordonnée du Coran. On ne peut pas comprendre le Coran sans avoir recours la Sunnah. Aïcha a dit en décrivant le comportement du prophète (psl) : « Son comportement était le Coran » Autrement dit, la Sunnah est une mise en pratique des enseignements du Coran.

De part sa mission, le prophète Mohammad (psl) est un homme de sagesse par excellence. Il a rappelé à maintes reprises que le handicap ne diminue en rien la valeur humaine, les critères d’élections ne sont pas les aspects physiques (beauté, force, état de santé, ...) mais bien la pureté de l’âme et du coeur. Il a dit : « Ce qui est important auprès de Dieu, ce ne sont ni vos visages ni vos biens, mais vos coeurs et vos actes »14.

 

Le prophète (psl) donnait le plein accès des responsabilités aux handicapés de la même façon que pour les personnes dites normales. Le prophète (psl) a pris comme Mouezzin (personne qui fait les cinq appels à la prière) Abdullah Ibn Um Maktoum, aveugle de son état. Il veillait également à ce que la dignité de chacun soit préservée, il a rappelé à l’ordre les compagnons qui se sont moqués des jambes du grand compagnon Ibn Mas’oud qui étaient très minces, en leur disant : « Ses jambes sont plus lourdes auprès de Dieu que les montagnes d’Uhud »15.

Par ailleurs, ses enseignements et décisions envers les personnes en situation de handicap n’étaient pas utopiques. En effet, il prenait en considération leur état physique et leur difficulté réelle. Sur le plan personnel, il les incitait à faire preuve de patience et de courage face au handicap. Sur le plan sociétal, il incitait chacun à participer activement afin de leur assurer un bien-être digne d’un être humain.

À la lumière de ces sources coraniques et prophétiques, nous pouvons déduire que l’islam a une conception très intéressante du handicap, à la fois considéré comme un don de Dieu qui doit être accepté et vécu comme tel, mais également un statut permettant de tisser des liens de solidarité et d’entraide. La personne handicapée n’est donc pas considérée comme un bouc émissaire ou un obstacle au sein de la société.

2. La personne handicapée et les actes religieux

L’islam offre aux personnes handicapées différentes dispositions pour adapter leurs participations aux rites. Dieu dit dans le Coran : « Allah n’impose à aucune personne une charge supérieure à sa capacité »16. Par ailleurs, un handicapé ayant des capacités physiques ou intellectuelles réduites n’a pas les mêmes obligations religieuses qu’une personne saine. Les obligations sont donc réduites en fonction du handicap.

L’islam a exempté les personnes handicapées des devoirs qu’ils ne peuvent assumer, sans pour autant les diminuer ou les blâmer : « l’aveugle, le boiteux et le malade n’encourent aucun blâme »17. La présence de la raison et la clairvoyance constituent une condition intransgressible pour la pratique des actes religieux. À défaut, toutes les obligatoires sont levées. Quant au handicap partiel, les actes religieux sont partiellement levées. Le prophète (psl) a dit : « Prie debout, si tu ne peux pas, prie assis, si tu ne peux pas prie allongé »18. Noter bien que cela est valable pour toutes les autres adorations (jeûne, pèlerinage, …).

L’islam a prévu une permission exceptionnelle pour chaque situation de difficulté ou handicap : la femme enceinte, le vieux, le malade, le voyageur, … Chacune de ces catégories de personnes bénéficie d’un allègement des actes religieux, la femme enceinte ne jeûne pas, le voyageur raccourcit la prière, … C’est bien les mêmes principes de dérogation proposées à la personne en situation de handicap physique ou intellectuel.

3. La société musulmane et la personne en situation de handicap

Bien que l’islam apporte une vision particulière de la société, le législateur n’en a pas définit une conception spéciale, elle peut donc prendre différentes formes en fonction des paramètres spatio-temporels. Le modèle de la société doit être en perpétuel changement afin de suivre les évolutions de l’humanité et atteindre l’objectif final de la religion à savoir l’élévation de l’Homme pour le préserver de ses bas instincts. Allah dit : « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam »19. Taher Ben Achour20 a dit : « Si nous étudions les sources de la législation islamiques qui démontrent ses finalités, il nous paraît très évident que la finalité ultime est la préservation de l’ordre au sein de la société , qui ne peut avoir lieu qu’à travers la bonté et la droiture de l’espèce humaine »21.

Pour instituer une société idéale, l’islam passe par trois étapes principales de réforme : l’Homme, la famille et la société. Ces deux dernières visent à préserver l’être humain pour qu’il puisse vivre dignement quelque soit son état de santé ou son statut social.

Quant aux personnes en situation de handicap, plusieurs droits leur ont été instaurés. D’une part, le handicapé doit être respecté au même niveau que les autres. Dieu dit : « Ô vous qui avez cru ! Qu'un groupe ne se raille pas d'un autre groupe: ceux-ci sont peut-être meilleurs qu'eux. Et que des femmes ne se raillent pas d'autres femmes: celles-ci sont peut-être meilleures qu'elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous lancez pas mutuellement des sobriquets injurieux »22. D’autre part, il doit être soutenu moralement et physiquement, car quelque soit le type de handicap, cela touche autant le moral que le physique. En effet, l’entourage doit aider la personne en situation de handicap à avoir confiance en ses capacités, lui rappelant les vertus de l’endurance et l’induisant à ne pas regretter ce qu’il a éventuellement pu rater dans sa vie. La société doit être bienfaisante à son égard sans pour autant qu’il devienne totalement dépendant des autres. Pour cela, il doit être intégré pleinement dans la vie active afin de rééquilibrer son état psychique et normaliser son quotidien. Pour arriver à cette finalité, l’entourage doit l’aider à revoir ses compétences, réactiver ses qualifications et développer ses capacités.

 

4. De la conception à la réalité : Quelle est la clé d’activation des valeurs ?

 

Après tout ce qui a été dit précédemment, nul ne peut nier que l’islam a une vision particulière des personnes en situation de handicap, il met à leur disposition plusieurs outils et moyens (humains, éthiques, sociétals, …) pour leur permettre de vivre dignement et mettre en place le projet ontologique qui justifie la présence de l’Homme sur terre, à savoir la vice-gérance.

 

L’islam accentue le travail sur le volet éthique et morale à double niveau, d’une part, en appelant la personne en situation de handicap à revoir sa vision de lui-même, et d’autre part, en incitant tout son entourage à coopérer pour lui permettre de participer activement au sein de la société.

 

Malgré tout cela, un grand effort reste à faire quant à la mise en place des valeurs proposées par l’islam. Une question légitime se pose : pourquoi, notamment dans les terres de l’islam, la religion ne transforme pas notre quotidien ? Pourquoi tant d’écart entre les valeurs et leur mise en pratique dans le quotidien des musulmans ?

 

Nous devons savoir que, pour être mises en pratique, les valeurs passent par cinq étapes principales23 :

  1. L’étape de sensibilisation initiale durant laquelle, on parle de la valeur à travers les textes religieux, les prêches, la littérature, … sans approfondissement épistémologique. À ce stade, on peut parler d’une étape embryonnaire.

  2. L’étape de rédaction philosophique, où on va définir la valeur, identifier ses liens avec les autres valeurs et la propager au niveau de la société. On parle ici de l’étape de propagation.

  3. L’étape d’adoption consciente, où la valeur devient un principe stable incontestable entre tous les membres de la société, par exemples : l’ordre est la base de la société, la concertation est primordiale, …

  4. L’étape de transformation en mesures, à travers la mise en place de différentes actions qui garantissent le respect de la valeur.

  5. L’étape de garantie de viabilité, en auditant régulièrement les mécanismes et méthodes qui protègent la valeur.

 

Quand nous analysons la majorité des valeurs qui sont évoquées dans nos sociétés, nous constatons que la majorité d’entre elles n’a pas encore dépassé l’étape embryonnaire, que l’on complimente sans arriver à les mettre réellement en pratique au sein de nos sociétés. Est-ce que cela est dû à au manque de méditation philosophique théorique des textes religieux ? Cette question est vraiment légitime et mérite d’être posée et approfondie.

Conclusion

 

En conclusion, il est à noter qu’il n’y a pas de personnes parfaites, chacun d’entre nous a sa part de handicap. Qu’il soit physique ou intellectuel, ce handicap doit être appréhendé de deux façons : en luttant face à lui afin de dépasser le désespoir et la faiblesse pour atteindre l’espoir et la force « Nous avons, certes, créé l'homme pour une vie de lutte »24, mais également en s’ouvrant au monde extérieur afin de profiter des expériences d’autrui « [...] S’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance »25

 

Le prophète (psl) a dit : « Allah n'a pas fait descendre une maladie, sans avoir descendu en même temps son remède »26. Le remède n'est pas forcément un médicament, mais peut être une action morale, éthique, psychique, … individuelle ou collective permettant de mettre un terme, ou au moins atténuer, la maladie. C’est en adoptant cette conception particulière de la vie que le handicap pourra être accepté, combattu et dépassé.

 

1- Coran, S 45, V 13

2- Coran, S 17, V 70

3-Coran, S 65, V 7

4- Coran, S 43, V 32

5- Jassim Sultan, L’héritage et ses grandes problématiques, Arab network for research and publishing, page 49

6- L’islam vise à préserver cinq finalités supérieures : la religion (droit de croire ou ne pas croire), la vie, l’intellect, la progéniture et la propriété.

7- Coran, S 2, V 30

8- Coran, S 4, V 28

9- Coran, S 90, V 4

10- Coran, S 103. L’imam ash-Shâfi’î a dit au sujet de cette sourate : « Si Allah n’avait révélé que cette sourate, elle aurait suffit ».

11- Coran, S 42, V 32

12- Nous optons ici pour la définition de la Sunnah chez les savants du hadith, qui veut dire toutes paroles, actes, agréments et caractéristiques du prophète Mohammad (psl)

13- Rapporté par Muslim

14- Ibid

15- Rapporté par Ahmad, al-Musnad, Tome 1, n° 420 - 421.

16- Coran, S 2, V 286

17- Coran, S48, V17

18- Rapporté par al-Bukhâri

19- Coran, S 17, V 70

20- Mohammad Taher Ben Achour, né en septembre 1879 à Tunis et décédé le 12 août 1973 à La Marsa, est un professeur et recteur de l'Université Zitouna. Il est le plus connu d'une grande lignée d'intellectuels, religieux et juristes de la famille Ben Achour. Il naît dans une famille de la haute bourgeoisie tunisoise. Il commence par apprendre le Coran en 1885 avant d'intégrer la Zitouna en 1892. En 1898, il reçoit des cours de français et obtient en 1899 le diplôme du tatwi créé cette année-là. Il enseigne à la Zitouna à partir de 1903, accédant au grade de professeur de première catégorie en 1905, ainsi qu'au Collège Sâdiqiyya de 1905 à 1932. En 1910, il fait partie des membres fondateurs de la commission chargée de la réforme de la Zitouna. Il est l'auteur de divers ouvrages religieux portant sur le droit musulman, la langue et la littérature arabe. Sa principale contribution reste sa monumentale exégèse du Coran, at-Tahrir wa at-Tanouir, publiée en trente volumes, ce qui lui a valu de passer près d'une quarantaine d'années à la réalisation de cette œuvre ; il y préconise une méthode rigoureusement scientifique de l'exégèse. Parmi ses autres ouvrages figurent Maqased Achari’a (les finalités de la législation), Les fondements du système social dans l'islam et Alaysa Assoubhou Biqarib. Dans ce dernier, il expose son programme de réforme de l'enseignement à l'université Zitounienne.

21- Mohammad Tâher Ben Âchour, Les finalités de la législation islamique, p. 27

22- Coran S 49, S 11

23- Jassim Sultan, L’héritage et ses grandes problématiques, Arab network for research and publishing, pages 29-32

24- Coran, S 90, V 4

25- Coran, S 103

26- Authentifié par al-Albânî, as-Silsila as-Sahîha, n°451

 

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