La ville, lieu de la métamorphose

             Platon dans sa recherche de la bonne vie n'a trouvé pour planifier les tensions urbaines que pour modèle l'ordre des communautés d'insecte en gelant les classifications de la polis.

           On retrouve chez le philosophe une volonté de régimentation social et d’exploitation par la désintégration de la vie intérieure, faisant de la cité non plus le lieu de l'homme libre avec le commerce et la culture, mais la cité du pouvoir insolent, de l'ostentation des richesses et de l'exploitation politico-militaire.

            Dans la théorie Khaldounienne par opposition, toute configuration du pouvoir politique n’est que temporaire, passagère, condamnée à déchoir et à disparaître car inscrit dans une conception cyclique du temps. Dans cette conception, les villes disparaissent souvent lorsqu'elles tombent dans la vanité de ne rechercher que la perpétuation de leur propre existence. D'ailleurs le terme « dawla » (État, mais aussi dynastie ou pouvoir) est le substantif correspondant au verbe « dâla » qui désigne l’action du changement périodique, de l’alternance, de la révolution (au sens d’accomplissement d’un cycle).

            Le temps cyclique est aussi, par définition, le temps des « révolutions », le temps dans lequel le pouvoir politique est régulièrement appelé à être balayé et remplacé. Tout régime, quelle que soit sa force, son autorité, ses qualités et sa grandeur, contient en germe son propre déclin, entraînant inéluctablement avec lui la séquence civilisationnelle à laquelle il a donné naissance.

            Sociologiquement, la ville accroît l'expérience sociale de chacun, elle est un prodigieuse brasseuse d'idées donc un espace d'innovation. La ville est à la fois lieu de l'affectivité la plus pleine, de la rationalité, de la vertu, de l'intelligence et des efforts personnels gratifiés.

            En Occident on retrouve dans la ville un travail d'endurcissement du cœur contre Dieu, un lieu de perversion de l'Homme, en somme le délabrement urbain malgré la multiplication exponentielle des études urbaines, symbolise le délabrement spirituel d'une culture agonisante. On retrouve par exemple dans l’œuvre de Le Corbusier [1] qualifiant la ville de « maison des hommes » avec ses HLM, l'échec de l'homme créant son monde à lui. Les villes actuelles sont bien significatives du monde, c'est qu'en effet elles portent dans leurs flancs tous les espoirs divins de l'homme ! 

            Dans la tradition islamique, la ville est positive d’ailleurs, Médine signifie ville en arabe. Médine représente depuis son origine la lumière de la réconciliation entre les tribus Aws et Khazraj, la ville du partage entre musulmans, polythéiste, mazdéen et juif. Par le plan divin, l'importance de la spiritualité et l'abandon de l'acte prométhéen, la ville peut être transfigurée. Retrouver une adéquation à notre époque entre les principes énoncés et une réalisation sociale inspirée de la réalisation historique élaborée par le prophète et sa communauté.

           Plus concrètement en développant sur une nature urbanisée par un travail sur les paysages, la ville peut assainir océan et climat. Par exemple, la densité de végétation influe sur l'humidité et agit favorablement sur le climat local. Rendre plus vert le désert est l'objectif du sahara forest project. 

           Le paradis dans l'Islam est composé comme un jardin avec les arbres, fleurs, oiseau et fontaines, qui nous font vivre en repos des tourments du désert. Reproduire la ville au rythme de nature, la ramener au phénomène du cosmos s'était pour l'objectif de la société musulmane : se rapprocher de la vie paradisiaque décrite dans le Coran : des hommes et des femmes vivant à l'ombre de jardins luxuriants. Une nature urbanisée étant l'installation d'une bonne nature, amicale, domptée et sauvage, mais ne suscitant plus la crainte de ce qui vit.  

            L’avènement de l'Islam marque le passage d'une société arabe préislamique de nomade éleveur vers le modèle de Médine une société islamique de citadins arboricoles. En sachant que le lieu prédomine sur le milieu, dans la formation de la mentalité et la culture, les travaux dans les palmeraies ont rendu les ṣaḥāba pragmatiques, ingénieux, les forçant à trouver des solutions et acquérir un esprit manuel, autant de qualités nécessaires aux futurs soldats qu'ils seraient.

             L'Islam en tant que phénomène civilisationnel prend par l'arboriculture les avantages de la société agricole sans les inconvénients. Autrement dit, le citadin arboricole profite des bons aspects de l'attachement au sol, mais sans les inconvénients de la formation de classes laborieuses à cause des investissements lourds en termes de matériels et de temps. Les ṣaḥāba étaient donc autonomes économiquement, mais étaient aussi des combattants en temps de guerre et des personnes instruites.

            La préférence pour l'arboriculture et la culture des jardins sur les modes d'exploitation du sol agricole se rapproche des principes de la permaculture qui limite l'utilisation des engins (instrument de labour et soc de charrue).

           Pour conclure, la ville avec notamment al-Quds est bien un combat pour la foi. Présenter et mettre en œuvre l'urbanité originale de l'islam représente un moyen de reprendre contact avec notre destin de croyants musulmans.

[1]Cette année, une péniche de le Corbusier a coulé sur les bords de la seine, on y retrouve un accident se montrant comme supplément du destin.

 

Les références de l'article:

 

Ellul Jacques. Sans feu ni lieu: signification biblique de la grande ville. Paris: La Table ronde, 2003.

Paquot Thierry, Christiane Younès, et Isabelle Laudier, éd. Philosophie de l’environnement et milieux urbains. Armillaire. Paris: Découverte, 2010.

 

Mumford Lewis. The city in history : its origins, its transformations, and its prospects. Harmondsworth : Penguin Books, 1966.

 

La ville, lieu de savoir https://www.youtube.com/watch?v=EJfcqfwBL3Y

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